Que boire avec… Ses futurs beaux-parents (si vous êtes un gars)

marchanddevins-beaux-parents.jpgC’est la première fois que vous les rencontrerez. Peu importe votre personnalité, votre sincérité : vous serez inévitablement seul, ils seront deux. Vous avez séduit, enlevé leur bien le plus cher : leur jeune fille, ravissante et innocente (dans leur douloureux inconscient, ils savent bien que c’est une femme dont la vertu a été infiniment explorée par le dépravé que vous êtes). Vous ne serez qu’une pièce rapportée risquant de pénétrer tous les secrets de la famille. Vous êtes l’insatiable galant qui osera, peut-être un jour, demander sa main, alors que vous aviez déjà pris tout le reste. Vous êtes un prétendant interlope puisqu’un mariage sur deux se termine par un divorce…

Autant dire que la pression sur vos épaules est étourdissante. Comme on connaît ses saints, on les honore, comme on aime les vins, on demande conseil à son caviste.

De ce moment redouté, deux situations vont se présenter (à négocier fermement) : soit vous réceptionnez à domicile, ce qui est un atout indéniable, vous conviendrez, soit vous vous déplacez à l’extérieur, dans l’antre de la belle-famille, soit la plus funeste des suppositions.

Première hypothèse : vous allez recevoir. Premier atout, vous connaissez le repas, atout indéniable pour réussir un accord harmonieux, pour que le vin puisse s’exprimer. Deuxième atout, la réactivité : en effet, si par un hasard probable, vos convives n’apprécieraient pas votre choix, car vous pourriez toujours descendre à la cave, en regardant malicieusement votre compagne. Vous y auriez sélectionné quelques flacons de choix, soigneusement stockés pour répondre à tous les imprévus. Vous vous révélez comme une personne attentionnée, qui veille patiemment au bon déroulement du repas de ses hôtes. Les plus cabotins sauront prévoir un léger saupoudrage de poussière sur la bouteille pour accentuer l’aspect vieillissement (pour être crédible, éviter de le faire sur des millésimes récents).

Seconde hypothèse : vous êtes les invités. Vous devez impérativement arriver avec une bouteille. Et, tout se complique alors, parce ce que vous ne connaissez ni le repas, ni les goûts des beaux-parents, ni si elle va être dégustée ou terminée au fonds du placard. Dire que la première impression est déterminante… Il vous faut trouver la bouteille de vin de tous les possibles : si vous offrez une bouteille trop classique (ce qui ne veut rien dire dans l’absolu), on serait en mesure de vous reprocher un manque de fantaisie et vous cataloguez comme un être profondément ennuyeux ; si vous arrivez avec une bouteille au marquage olfactif fort, issue d’un cépage rare ou d’une région inconnue, vous risquez d’apparaitre comme outrageusement pédant par cette démonstration de curiosité.

Enfin, apporter plus d’une bouteille, pour éviter l’écueil des deux premières situations, pourrait autant démontrer votre générosité qu’éveiller d’éventuels soupçons sur votre alcoolisme.