Jusqu’au milieu du XIXème siècle des limousins des secteurs montagneux de la Haute-Corrèze partaient chaque hiver travailler dans la région bordelaise. Lorsque les activités qu’ils exerçaient périclitèrent, certains eurent l’idée de se convertir en commis voyageur des vins de Bordeaux dans le nord de la France et la Belgique.
Mon arrière-grand père, Antoine Ponty, né en juin 1874 à Saint-Sulpice-Les bois, près de Meymac, au cœur du plateau de Millevaches, est de ceux là. De parents cultivateurs, il monte à Paris pour exercer l’activité de marchand de vins. De retour de la Grande Guerre, il se marie en mars 1919 avec Germaine Deltour, cuisinière, et originaire quant à elle de Saint-Pierre de Nogaret en Lozère.
Rapidement, le couple installe un petit établissement avec un comptoir, quelques tables et des chaises, qui encourage la consommation sur place. Les « Liqueurs » c’est-à-dire les alcools, absinthe, rhum, calvados notamment, sont aussi proposés;


Un des établissements d'Antoine Ponty (vers 1920)

La dernière de ses brasseries est baptisée « Au rendez-vous des chauffeurs ». Elle se situait au 32 boulevard du Fort de Vaux sur la commune de Levallois-Perret, avant son annexion à Paris le 27 juillet 1930.


La dernière brasserie de la famille Ponty (vers 1970)

L’enseigne et son implantation sont loin d’être anodines. En effet, les premières compagnies de taxis (Société générale des voitures G3, la Compagnie parisienne d'automobiles G4, la Compagnie française des automobiles de places G7, la Société Bauvy, la Société Giraud & Cie, la Société Degioanni, etc…) avait leur garage dans cette commune, fondé par Nicolas Eugène Levallois, lui-même marchand de vins.
Et, de nombreux chauffeurs taxis sont issus de cette colonie corréziennes fortement soudée. Cette cohésion régionale s’exprimait alors par l’emploi du « patois » lorsqu’on était « entre pays », par la fréquentation de certains cafés tenus par des compatriotes : on y déposait sa boîte à outils le soir, après la journée, moyennant une ou plusieurs consommation. Dans ces mêmes lieux on y venait également taper la bellotte le jour de congé ou pour dévorer les journaux comme « Lou Cantou » et L’Auvergnat de Paris, qui diffusaient les nouvelles du pays.